“Mon ennemi c’est le monde de la finance”

« Comment se fait-il, alors que tu es scout, que tu souhaites orienter ta carrière vers la finance et faire partie de ce système destructeur ? ». La réplique est violente et vient d’un des jeunes scouts dont j’avais la responsabilité lors d’un camp cet été. Cette question comporte aussi beaucoup de préjugés et de manière générale une méconnaissance de la finance que l’on ne pourra cependant reprocher à mon jeune pionnier.

 

Dans l’imaginaire populaire, la finance présente ce qu’il existe de plus sale et de plus inhumain dans l’activité humaine : des traders de la City qui s’enrichissent sur le dos des plus pauvres en jouant à une sorte de casino où ils ne perdent jamais. Malheureusement, la réalité est parfois bien plus complexe et je vais humblement tenter ici d’en éclairer certains mythes.

 

La finance, à quoi ça sert ?

 

La finance est une activité qui vise à optimiser l’utilisation d’une ressource rare : l’argent. Les individus, les entreprises, les Etats et les institutions disposent toutes de ressources : du temps, des connaissances, des relations, des matières premières, des objets etc. et de l’argent !

 

Cet argent, possède la particularité d’être la ressource la plus liquide qu’il soit dans l’optique d’acquérir d’autres ressources. Si je souhaite acheter un micro-onde, il m’est plus aisé de débourser 50€ que de présenter à Darty mes connaissances sur la Seconde Guerre Mondiale.

 

En cela, l’argent doit être correctement géré car il me permet d’avoir accès plus facilement à d’autres ressources qui pourraient m’être utiles. La finance offre alors un certain nombre d’outils qui permettent d’améliorer et/ou d’évaluer la gestion de l’argent.

 

Finance de marché vs. Finance d’entreprise

 

Le premier mythe à faire tomber car c’est celui qui vient le plus rapidement à l’esprit lorsque nous entendons le mot « finance » : finance = trader. Il faut ainsi distinguer deux types d’activités : la finance de marché et la finance d’entreprise. La première intervient sur les marchés financiers publics d’actions, d’obligations, de dérivés, de matières premières et vise à générer du profit en achetant ces titres financiers le moins cher possible et en les vendant le plus cher possible.

 

Le trader intervient sur ces marchés publics et ces bourses d’échanges et appartient donc au domaine de la finance de marché. Cependant de nombreuses personnes travaillent également dans le domaine de la finance sans pour autant intervenir sur ces marchés. L’exemple idoine est celui d’un Directeur Financier d’une PME. Ce dernier va optimiser la gestion de l’argent dans sa société, en limitant certains coûts, en investissant dans des machines qui amélioreront la productivité des employés, en s’assurant de l’encaissement rapide de ses clients etc.

 

Toutes ces actions s’intègrent dans notre définition de la finance précisée plus haut : notre directeur financier optimise la gestion de l’argent de la même manière qu’un trader optimise la gestion de l’argent pour le compte de sa banque ou de son fonds d’investissement en le plaçant et en générant du profit.

 

Pour autant, un directeur financier semble renvoyer une image moins nauséabonde que le trader. Pourquoi donc ? C’est certainement parce que le trader est avant tout un « spéculateur ».

 

De la spéculation

 

Nous entendons souvent à la télévision ou lisons dans les journaux que certains traders spéculent sur le cours des matières premières ; ce qui est absolument immoral car des millions de personnes dans le monde dépendent des prix de certaines denrées agricoles pour se nourrir.

 

Que recouvre l’expression « spéculer » derrière son image démoniaque ? Qui est donc le spéculateur sous son masque de tueur de petits chatons ?

 

Le spéculateur est celui qui achète un bien à un certain prix en espérant le vendre à un moment m+1 à un prix supérieur. Cela correspond à Thomas qui dans Dowton Abbey, sentant la guerre venir et le rationnement poindre, décide d’acheter d’importantes quantités de farine afin de le revendre à des prix bien plus élevés, une fois la guerre engagée. Cela correspond aussi au bon père de famille qui achète des actions Total et les place sur son PEA en espérant faire une plus-value.

 

C’est le principe même d’un investissement : nous nous privons d’une satisfaction à un moment m afin d’en obtenir une plus grande en m+1.

 

Or nous réalisons tous en permanence des investissements : les enfants en allant à l’école (ils renoncent à un jeu à un moment m, afin d’accroître leurs connaissances et obtenir un métier en m+1), les étudiants en choisissant de poursuivre leurs études après le bac, un individu lambda décidant d’acheter un four pour cuisiner des plats alors qu’il aurait pu se payer le resto pendant une semaine etc.

 

Ces investissements ne sont pas toujours fructueux cependant nous espérons toujours au moment de cet investissement le rentabiliser. De la même façon, un trader espère revendre sa tonne de blé plus chère qu’il ne l’a achetée.

 

Nous sommes donc tous, désolé de vous l’apprendre, des spéculateurs et malheureusement, ceci n’est pas uniquement l’apanage des traders de la City.

 

La finance au service de « l’économie réelle »

 

J’entends souvent la réplique : « oui mais lorsque les traders font des profits, cela ne sert pas « l’économie réelle » alors que moi en achetant mon four, je fais vivre des emplois ».

 

J’abhorre le terme « économie réelle », comme s’il existait une « économie fictive » (enfin si, elle existe dans la tête de nos banquiers centraux mais ça c’est une autre histoire). Le juge Michel avait l’habitude de dire à propos de ses enquêtes sur la mafia marseillaise « tout est lié ». Il en va de même pour l’économie.

 

Où vont donc les profits honteux réalisés par les traders ? Plusieurs options : réinvestissement pour acheter de nouveaux titres financiers, distribution de dividendes, augmentation des salaires, achat de nouveaux locaux etc.

 

Prenons le cas d’une augmentation des salaires. Cette augmentation fera croître le pouvoir d’achat des salariés qui pourront peut-être s’acheter un nouveau four, augmentant donc les profits réalisés par la société de fabrication de four. Cette dernière pourra alors réinvestir, distribuer un dividende, augmenter les salaires etc. Le salarié de la société de fabrication de four profitera peut-être de son augmentation pour emmener sa famille au restaurant, ce qui augmentera les profits du restaurant etc. Vous avez compris la mécanique.

 

Il en va de même pour une distribution de dividendes qui permettra à l’actionnaire de s’offrir peut-être un nouvel ordinateur. Si la banque fait construire de nouveaux locaux, ce sont les entreprises de BTP qui seront ravies.

 

In fine, les profits des vilains traders se retrouvent dans « l’économie réelle » car la finance ne fonctionne pas en vase clos et les traders comme tous les êtres humains ont besoin de se nourrir, de se loger, de se divertir et sont prêts à payer pour cela.

 

L’indécent salaire de nos amis banquiers

 

Je souhaiterais enfin aborder un dernier point qui concerne la rémunération des financiers que certains, en particulier dans le monde politique, jugent indécente.

 

Il est important de repréciser dans un premier temps à quoi correspond un salaire. Un salaire est avant tout un prix, celui de notre travail. En fonction de nos compétences, connaissances et capacités, le prix de notre travail peut-être plus ou moins cher. Ainsi un expert en gestion des ondes radars pourra faire valoir auprès d’une entreprise de défense ses compétences exceptionnelles et demander un prix/salaire très élevé. Si l’entreprise de défense a vraiment besoin de ces compétences et que peu de personnes les offrent, il est normal qu’elle soit prête à payer cher.

 

Il en va de même pour une entreprise dont l’objet social est de gérer de l’argent. Lorsque nous confions notre argent à un banquier, nous espérons le voir fructifier. Notre ambition n’est certainement pas que le montant reste identique (autant le mettre sous son matelas, nous prendrons moins de risques) et encore moins que ce montant s’amenuise.

 

Si nous ne sommes pas satisfaits de la manière dont notre banquier fait fructifier notre argent, nous n’aurons naturellement qu’un désir, en changer, ou alors lui remonter sérieusement les bretelles. La capacité d’une banque à faire fructifier l’argent qui lui est confié est donc primordiale ! Elle est en conséquent prête à payer cher pour que cet argent soit bien placé, elle paie donc des salaires élevés à ceux qui génèrent des profits et des plus-values importantes.

 

Un certain nombre de concepts abordés dans ce premier post feront l’objet d’articles plus approfondis, l’idée était seulement de mettre en regard certains a priori pouvant circuler à propos de la finance afin de montrer que la réalité sur la finance est parfois plus complexe (ou plus simple) qu’on ne l’imagine au premier abord.

 

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