“Redonner son sens à la valeur travail”

En temps de campagne présidentielle, nous voyons de nombreux candidats tenter de s’adresser aux travailleurs. Cela va de la sempiternelle visite sur le marché de Rungis au soutien à des ouvriers en grève en passant par les déclarations où le candidat souhaite “redonner son sens à la valeur travail”.

Il existe plusieurs manières d’interpréter cette expression. Nous pouvons imaginer qu’aujourd’hui le travail n’est plus considéré comme un accomplissement personnel et qu’il est donc dénigré. L’autre interprétation possible est celle que le travail n’est pas rémunéré à sa juste valeur et qu’il faudrait donc augmenter les salaires et le pouvoir d’achat des travailleurs.

Les deux interprétations vont parfois de pair lorsque le candidat en question est issu de l’hémisphère droit du monde politique. Il réalise souvent d’une pierre deux coups : dénoncer “l’assistanat”, thème fort chez les sympathisants de droite, et attirer les voteurs affichant des salaires plus modestes, plus ancrés à gauche.

Nos politiques considèrent donc aujourd’hui que le travail n’est pas rémunéré à sa juste valeur. Il existerait par voie de fait une valeur définie parfaite du travail réalisé par une personne. Evidemment, celle-ci ne serait malheureusement jamais assez élevée.

A chaque événement sportif, nous avons droit à des remarques de commentateurs nous disant que certains athlètes s’entraînent comme des dingues tous les jours et pour autant ceux-ci ne gagnent pas 1% de ce que gagnent les footballeurs, eux-aussi sportifs professionnels. La valeur de leur travail, càd leur salaire, devrait donc être proportionnelle à l’intensité de leur entraînement et donc largement supérieure à ce qu’ils gagnent.

Utilisons maintenant cette logique à la situation dans une classe de lycée. Le salaire est ici représenté par une note sur 20. Logiquement, plus un élève travaille, plus sa note au contrôle devrait être élevée. Malheureusement ce n’est pas le cas car on peut travailler et réviser sans pour autant comprendre. A l’inverse, un élève peut comprendre très rapidement parce qu’il aura été attentif en cours et obtenir ainsi une bonne note à l’examen. Ainsi la valeur du travail n’augmente avec la quantité de ce dernier.

Prenons dorénavant un exemple plus proche des réalités économiques. Nous sommes au mois de mai et la pelouse de mon jardin commence à être particulièrement haute. Je souhaite donc engager un jardinier pour tondre ma pelouse. J’en fais venir deux qui me soumettent dans la foulée leurs devis. Le premier m’affiche un prix de 1500€ car il souhaite tondre ma pelouse au coupe-ongle et en a pour deux semaines à couvrir mon petit carré d’herbe. Le second m’affiche un devis de 40€ pour une heure de travail à la tondeuse.

Quel jardinier allez-vous retenir ? Le second évidemment. Pourquoi ai-je fait ce choix ? J’ai valorisé l’utilité que m’apportait chacun d’eux et non la quantité de travail qu’ils allaient dédier. Ce n’est pas parce que j’ai travaillé plus sur un projet/objet que sa valeur va pour autant croître.

De nombreuses personnes, y compris les politiques, imaginent encore que la valeur d’un bien est fonction de la quantité de travail qu’on y a consacré. On imagine ainsi que lorsque les gens travaillent plus, ils devraient être payés plus. Si leur travail supplémentaire n’apporte qu’aucune utilité marginale au consommateur, cela n’a aucun sens. Leur travail n’a pas créé de richesse supplémentaire, il n’y a donc aucune raison de les payer plus.

L’inverse est également vraie, si un employé produit plus de biens utiles en une heure que son collègue dans le même temps, il devrait disposer d’un salaire plus élevé car il apporte une utilité marginale plus élevée à l’entreprise. Nous remarquons ici que la valeur du travail est intrinsèquement liée à la productivité d’un employé.

Plus un employé est productif (plus il tond de m2 de gazon à l’heure), plus il crée de richesse et donc plus il doit être rémunéré au risque de voir une autre entreprise le recruter pour bénéficier de sa productivité.

Néanmoins, nous pouvons être productif sans pour autant produire beaucoup. L’image qui me vient à l’esprit est celle de l’élève qui a des “facilités”, autre manière de dire qu’il est productif dans son apprentissage, mais qui ne travaille pas et qui donc n’obtient pas des résultats à la hauteur de ses espérances.

Ainsi le salaire final, la rémunération de notre travail, dépend de deux facteurs : notre productivité et la quantité de travail que nous fournissons. Plus nous sommes efficaces et plus nous travaillons plus notre travail sera rémunéré car il apporte beaucoup de richesse à l’entreprise. Inversement, si notre productivité est faible et que nous ne faisons aucun effort, notre salaire sera faible.

Il en résulte que la valeur travail dont nous parlions en début d’article n’est rien d’autre que le produit de notre quantité de travail par notre productivité.

Lorsque les commentateurs se plaignent que certains sportifs ne sont pas assez payés, ils ne prennent en compte qu’une partie de la formule : celle de la quantité de travail. En effet, leur productivité est elle beaucoup plus faible. Ils offrent très peu d’utilité aux spectateurs pour chaque unité d’entraînement et d’effort consenti. Le lancer de disque n’est pas une discipline qui attire les foules en France. Le lanceur de disque lambda affiche donc une productivité faible car il apporte peu d’utilité.

Cette productivité faible n’est pas immuable loin de là.  Poursuivons notre analogie “athlétique”, avec l’exemple de Pierre-Ambroise Bosse. PAB est un coureur de 800m, pas la discipline la plus sexy du monde a priori. Pour autant en se créant un personnage sympathique et décalé (voir la vidéo où il demande à son chat d’aller prendre une bière pour fêter sa 4ème place olympique), il apporte de la joie (lire utilité) aux spectateurs qui demandent à le voir au stade ou à la télé. Les organisateurs de meetings, les marques de grande consommation pourraient donc le contacter dans un avenir proche. En accroissant sa productivité, PAB accroît aussi son salaire, pour un niveau d’entraînement qui reste le même.

Ainsi lorsque certaines personnes réclament des hausses de salaires pour ceux qui “travaillent dur”, elles oublient bien souvent un paramètre de l’équation : la productivité ou l’utilité marginale que fournit le travail de la personne. Il incombe alors à chacun de travailler sa productivité, à l’image de PAB, pour être plus efficace et plus utile in fine.

Les bas salaires ne sont pas une situation définie pour l’éternité, chacun peut agir sur ses deux composantes – quantité et productivité – pour les augmenter. Au lieu de réclamer à coups de grandes incantations une meilleure valorisation des salaires, nos politiques feraient mieux d’appeler chacun à travailler sur lui-même pour accroître ses capacités et se rendre encore plus utile !

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