“Le profit c’est mal”

Rien ne résume mieux l’esprit anticapitaliste que l’expression “le profit c’est mal” ou toute expression visant à indiquer que le profit est à l’alpha et l’omega des maux de notre société.

Première chose à se dire qu’est-ce que le profit ? Prosaïquement, c’est la différence entre les revenus et les coûts, comptablement nous pourrions l’assimiler au résultat net. C’est la part du résultat qui reste aux actionnaires une fois que tout a été payé : achats de matières premières, salariés, Etat, banques etc. C’est donc la valeur que la société a su générer pendant l’année écoulée.

Le profit est donc signe de création de richesse nette. Il témoigne d’une bonne gestion  des ressources dans le but de satisfaire des clients. Pourquoi donc certains s’exclament contre le fait que les entreprises réalisent des profits “indécents” ?

L’argument sous-jacent à ses récriminations est souvent que le partage de la valeur n’est pas équitable à leur goût. Nous avons le souvenir qu’un ancien (peut-être futur également) président avait présenté sa vision du partage de la valeur il y a quelques années de cela : 1/3 pour les salariés, 1/3 pour l’Etat et 1/3 pour les actionnaires.

Nos militants anti-capitalistes considèrent donc que le profit n’est qu’un manque à gagner pour les salariés et l’Etat. Alors que les méchants actionnaires ne font que toucher leurs dividendes (qui ne sont quasiment jamais égaux au profit soit dit en passant), les salariés sont ceux qui font tourner l’entreprise au quotidien et créent la richesse. Ils sont donc dépossédés de leurs droits par le profit.

Pour comprendre en quoi cette vision est parfaitement absurde, retournons à la genèse d’une entreprise. Au commencement, fut un ou plusieurs hommes (nous simplifierons notre cas en ne considérant qu’il n’y a qu’un homme) doté d’un goût pour l’aventure et avec une idée maline en tête. Il est convaincu que son idée ou son produit pourraient avoir une utilité à un certain nombre d’acteurs. C’est le moment de constituer sa société. Pour assurer les premiers mois d’existence de celle-ci, payer les premiers fournisseurs et l’Etat qui toque à la porte, il va apporter des fonds, le capital de la société.

Comme son nom l’indique, le capital est … capital ! Sans capital, le projet ne peut pas débuter. Pour autant, notre projet n’est pas encore très bien défini, nous ne savons même pas s’il a une chance d’aboutir. En apportant de l’argent à celui-ci, notre entrepreneur peut donc perdre sa mise, le risque est énorme.

Pour autant notre entrepreneur croit en son idée. Il se lance donc ! Seulement pour produire son article/service, il va devoir recourir à l’achat de divers éléments. Thomas Edison avait par exemple besoin de tungstène, de verre, d’acier et d’autres matières premières encore pour produire ses premières ampoules.

Il arrive alors que le succès soit tel que notre entrepreneur ait besoin de personnes pour l’aider à produire suffisamment face à la demande des clients ! Il va donc proposer à des personnes de s’associer à son projet. Il dispose de deux moyens de les associer à son projet : soit leur promettre une somme fixe versée tous les mois quoiqu’il arrive tant que la société n’est pas en dépôt de bilan, soit lui accorder une part de son capital.

Il a donc le choix entre une Clio qui démarrera tous les matins ou une Ferrari qu’il faut retaper : pas sûr qu’elle redémarre mais si elle redémarre elle peut monter à 200km/h. Certains préfèreront recevoir une voiture banale qui marchera à coup sûr tous les matins, d’autres préfèreront prendre le risque de conduire une voiture de sport qui ne démarrera pas toujours.

Lorsqu’un salarié signe un contrat de travail, il achète également une sécurité. Cette sécurité a un prix, celui de ne pas prendre part aux potentiels profits de l’entreprise.

Si nous revenons donc à nos revendications alter-mondialistes, prétendre que les salariés ne récupèrent pas une juste part de la création de valeur de la société est une hérésie. Ils récupèrent la part définie qu’ils ont acceptée.

Enfin, comme précisé plus haut, les profits ne tombent pas directement dans l’escarcelle des actionnaires via des dividendes. Les profits de la société servent auparavant à dégager les ressources financières nécessaires pour financer l’acquisition de machines plus performantes qui faciliteront la vie des salariés, améliorer les conditions de travail pour augmenter la productivité. Une entreprise qui n’investit pas, que ce soit dans des machines ou dans des personnes, est une entreprise qui ne cherche pas à progresser. C’est donc une entreprise qui s’expose à la montée en puissance de concurrents.

Sans investissement, la société limite potentiellement ses futurs résultats. Si nous nous concentrons sur les salariés, une entreprise dont les résultats sont mauvais ne pourra plus faire face à ses coûts et devra donc arrêter ses recrutements voire licencier.

Investir peut se faire via de la dette mais celle-ci porte un taux d’intérêt. A l’inverse les profits ne “coûtent” pas puisqu’ils sont la résultante de la capacité de la société à optimiser ses revenus et ses coûts. Plus les profits sont élevés, plus la société peut investir et donc construire sa croissance future, améliorer les conditions de travail des employés, recruter, affirmer sa présence sur de nouveaux marchés, construire de nouvelles usines, s’ouvrir à de nouveaux marchés etc.

Loin d’être mal, le profit est beau et nécessaire ! Il dénote de la capacité d’un entrepreneur à allouer de façon optimale des ressources. Il permet de rémunérer en partie ceux qui ont choisi le risque comme moteur de leur existence. Enfin, il dégage les ressources dont la société a besoin pour investir, accroître la productivité de ses salariés et assurer sa croissance !

 

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