“Nous devons lutter contre la déflation”

S’il y a bien une situation qui donne des insomnies et des sueurs froides à nos banquiers centraux et nos ministres de l’économie, c’est la déflation. Présentée comme le mal économique absolu contre lequel il faut absolument lutter, les banques centrales n’hésitent plus à employer des méthodes que nous qualifierons de “peu conventionnelles” pour éviter d’y sombrer.

La peur de l’inflation repose sur la conviction que face à une situation de baisse des prix, les consommateurs auront tendance à retarder leurs achats en espérant de voir leurs prix baisser. Un peu d’inflation serait même préférable à la déflation. Rien n’est plus faux, loin d’être un mal absolu, la déflation est même souhaitable.

Afin de comprendre l’enjeu de la déflation, il convient de s’attarder sur ce qu’est la monnaie et quelles en sont ses caractéristiques. La monnaie n’a pas toujours existé. Avant qu’elle n’entre en circulation, les êtres humains avaient recours au troc. Imaginons un producteur de tomates et un producteur de céleri. L’un comme l’autre souhaiteraient pouvoir obtenir un peu du produit de l’autre en échange de sa propre production. L’inconvénient, c’est que les tomates se récoltent en été et que le céleri se récolte en hiver. Ils ne peuvent donc pas s’échanger leur production au même moment et sont donc incapables de satisfaire leurs envies.

Comment résoudre alors cette incompatibilité ? Le producteur de céleri peut s’engager à donner une partie de sa production de céleri convenue à l’avance au moment de sa récolte. En échange il peut obtenir tout de suite ses tomates. Cela pose néanmoins un problème à notre ami le producteur de tomates : il doit attendre que les autres producteurs lui versent une partie de leur production pour satisfaire ses besoins. Or certains besoins doivent être satisfaits très vite : accès à de l’eau, à d’autres aliments …

C’est alors qu’intervient ce formidable outil qu’est la monnaie. La reconnaissance de dette va prendre la forme d’un troisième bien, souvent un métal précieux, en raison de son aspect durable et du fait que sa quantité ne peut pas être facilement manipulée. Au lieu de noter sur un papier : “Je m’engage à te verser Xkg de céleri”, notre producteur va donner une pièce d’or. Le producteur de tomate qui a reçu cette pièce pourra alors l’échanger contre une bouteille d’eau, une pinte de bière etc.

In fine, la monnaie n’est qu’un facilitateur d’échange. Elle est donc parfaitement neutre. Une monnaie n’a de valeur que parce qu’elle permet d’avoir accès à des biens et des services. C’est l’accès à ces biens et services qui permet d’évaluer le niveau de richesse d’une personne ou d’un pays.

Vous pouvez avoir des centaines de trilliards de dollars zimbabwéens sur votre compte, si personne ne veut vous échanger sa production contre des dollars zimbabwéens, vous êtes pauvre. Augmenter/baisser la quantité d’une monnaie n’a rigoureusement aucun impact sur le niveau de richesse et donc sur la croissance d’un pays. Si les structures de production ne sont pas modifiées, votre richesse ne change pas.

Il n’y a qu’une chose que la variation de quantité monnaie modifie : la répartition des richesses. Lorsqu’une banque centrale augmente la quantité de monnaie, nous pourrions imaginer que chacun reçoit une même fraction de cette augmentation. En réalité, ce sont les banques, les intermédiaires financiers et les Etats qui vont recevoir en premier cette nouvelle monnaie.

Pour augmenter la masse monétaire, une banque centrale achète des titres sur les marchés ou alors prête de l’argent à ses clients directs : les banques et les Etats. Nous remarquons donc que les premiers à recevoir cet argent frais sont les banques, les Etats et les investisseurs intervenant sur les marchés financiers. Ces acteurs vont eux-même dépenser cet argent auprès des acteurs de leur éco-système. Cette nouvelle monnaie émise met alors beaucoup de temps à arriver sur le compte des personnes lambda.

La distribution des richesses est alors largement modifiée en faveur des banques et de l’Etat au détriment des personnes lambda du fait de cette augmentation de richesse. Cette augmentation de la masse monétaire a même un double effet KissCool :

Le banquier qui profitera de cette nouvelle monnaie à disposition la dépensera pour s’acheter à manger, pour se loger etc. Comme il disposera de plus de monnaie, il sera prêt à payer plus, ce qui aura pour effet d’augmenter les prix. Nos personnes lambda sont donc moins riches en relatif (portion plus faible des richesses) et en absolu puisque les prix augmentent alors que leur quantité de monnaie sur leur compte reste identique. Le pouvoir d’achat de la monnaie s’est donc déprécié : c’est ce que l’on appelle l’inflation.

Malgré ses effets pervers et nocifs comme nous venons de le voir, c’est ce qui est promu par 95% des économistes à travers le monde. L’inflation serait bonne pour la croissance. Non seulement elle ne change rien aux structures de production, seules à même de générer de la richesse mais en plus elle vole les petits épargnants au profit des banquiers et des sbires de l’Etat.

Vous me direz alors pourquoi la déflation serait enviable ? Après tout à l’image de l’inflation elle aussi n’est qu’un phénomène monétaire, elle ne change pas les structures de production mais uniquement la répartition des richesses.

Le cours naturel de l’histoire est celui de l’amélioration de la productivité. Nous capitalisons sur les connaissances passées pour produire plus efficacement. Si nous produisons une même quantité d’un bien avec moins de ressources, il est normal que son prix diminue. Le cours de l’histoire devrait donc tendre vers la déflation permanente, en particulier en période de forts progrès technologiques.

La déflation à l’inverse de son corollaire n’incite pas à s’endetter. Si j’emprunte 100€ sur 10 ans et que l’inflation est de 2% par an, en réalité je n’aurai à rembourser que 82€ dans 10 ans en monnaie d’aujourd’hui. L’inflation favorise donc une économie de l’endettement, fortement risquée. L’effet est inverse avec la déflation : les acteurs sont encouragés à financer la croissance via l’épargne car il sauront que l’endettement a un coût élevé. Ce ne sont donc que les projets les plus solides qui seront retenus pour être financés par de la dette.

La déflation récompense les personnes qui économisent et qui sont précautionneuses. Si vous avez plutôt été #TeamFourmi que #TeamCigale à l’école, la déflation est faite pour vous.

Si vous vous attardez quelques instants sur le bilan de la BCE depuis la crise, celui-ci a presque doublé. Où est donc partie cette nouvelle monnaie créée ? Regardez la tête des marchés financiers et l’évolution de l’endettement des Etats et des entreprises depuis 2009, vous aurez la réponse. Après une période de bulle, il aurait été normal que les prix s’ajustent à la baisse pour corriger cette erreur. Il n’en fut rien car les banques centrales vous ont abreuvé de “cétroporible la déflation” et ont donc imprimé des quantités monumentales de monnaie papier afin de faire repartir cette inflation tant désirée.

Résultat : des entreprises surendettées et des Etats obèses qui ne pourront plus faire face à leurs engagements. En voulant à tout prix éviter la déflation, les banques centrales ont planté les graines de la prochaine crise qui sera d’une violence sans pareil. Il n’y a que deux manières de régler cette situation : ne pas rembourser ou imprimer des quantités gigantesques de billets qui créeront de l’inflation et réduiront le montant de la dette. Dans les deux cas les épargnants seront spoliés.

Il n’est alors pas étonnant de voir que l’Allemagne envisage de créer un euro-or dont le cours ne pourra pas être manipulé car remboursable en quantité de ce métal précieux. La fin de l’étalon-or, le monopole d’émission de monnaie détenu par les banques centrales et le système de réserves fractionnaires (sur lequel nous reviendrons dans un prochain article) ont permis la création d’une économie de l’inflation et de la dette aujourd’hui au bord du précipice.

Je souhaiterais enfin tordre le cou aux prétendus arguments avancé en permanence pour lutter contre la déflation.

1/ “Les gens ne consomment plus et retardent leurs achats”. Si mon micro-onde tombe en panne je ne vais pas attendre un an que son prix ait baissé de 5% pour en racheter un, c’est parfaitement stupide. De même pour me nourrir, pour me loger. Si j’achète quelque chose c’est que j’en ressens le besoin/envie et certains besoins/envies doivent être satisfaits relativement rapidement.

2/ “Les entreprises voient leurs profits diminuer”. Si les prix baissent, TOUS les prix baissent y compris ceux des matières premières. Les seuls qui ne bougent pas tout de suite sont les salaires, il faut alors rendre le marché du travail plus flexible pour permettre aux salariés de retrouver facilement un job et donc de permettre aux entreprises de préserver leurs marges. Si les salaires baissent et que les prix baissent d’un même montant, l’impact pour les salariés est alors nul.

En définitive, la déflation devrait être un état recherché mais du fait du monopole de coercition exercé par les gouvernements et les banques centrales, celle-ci abandonnée au profit d’une minorité. Il est temps que les fourmis renvoient les cigales à leur banjo.

Pour aller plus loin :

G. Hülsman (2008). “Déflation et liberté”. Institut Coppet.

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