“Il faut sauver les banques systémiques de la faillite”

La crise de 2008 a mis en avant le problème des banques systémiques, ces banques dont l’importance est tellement grande que leur faillite provoquerait une paralysie de l’économie mondiale. Face au risque gigantesque encouru, les banquiers centraux et gouvernements ont souvent préféré les renflouer (à l’exception de Lehman Brothers) plutôt que de courir le risque d’un cataclysme mondial.

D’où viendrait ce cataclysme ? Si des rumeurs courent sur la fébrilité d’une banque, les épargnants se ruent sur les distributeurs afin de retirer leurs économies et les mettre à l’abri. Réflexe tout à fait naturel et compréhensible. C’est pourtant ce réflexe qui engendre la véritable faillite d’une banque. Pourquoi donc ? Pour la simple et bonne raison que la banque n’a en réalité que 10% de la somme que vous lui avez confiée ! Petit retour sur le métier de banquier pour comprendre comment nous en sommes arrivés là.

Nous avons vu dans le précédent article l’importance du rôle de la monnaie. Celle-ci vous permet d’acheter des biens ou des services en échange d’un bien ou d’une service que vous avez produit. Vous souhaitez donc garder dans un endroit protégé cet argent gagné à la sueur de votre front. Au départ vous allez le mettre sous votre matelas, dans un tiroir fermé à clé … Cependant ces lieux ne vous protègent malheureusement pas à 100% contre les individus mal intentionnés qui souhaiteraient vous voler votre épargne.

Un individu va alors se rendre compte de ce problème et proposer de garder votre argent dans un endroit ultra protégé disposant de coffres fermés à double tour et que les voleurs ne pourront atteindre. Cet individu c’est notre banquier. Vous lui confiez donc votre argent et payez une somme tous les mois pour le rémunérer du service qu’il vous rend : protéger votre argent.

Le banquier est content, il reçoit chaque mois de l’argent pour protéger de l’argent. Cependant, il se rend rapidement compte que vous ne venez retirer de l’argent qu’une fois par an, à Noël, pour faire des cadeaux à votre famille. Le reste du temps vous n’en faites quasiment rien. Dans le même temps, un ami de notre banquier nommé Jean-François, aurait besoin d’acheter un nouveau four pour lancer sa fabrication de pains au chocolat.

Néanmoins il ne dispose pas encore de l’argent pour acheter ce four, il aurait donc besoin d’un prêt qui serait remboursé grâce aux ventes de ses pains au chocolat à 15cts.

D’un côté, notre banquier a de l’argent dont il sait que son client ne le retirera pas tout de suite et de l’autre un boulanger qui est prêt à payer un taux d’intérêt de 5% pour qu’il lui prête de l’argent en vue d’acheter son four. La tentation est trop grande.

Il va donc prêter sur 3 ans cet argent à notre boulanger et empocher de les intérêts. Le business model est imparable : le coût des matières premières (les dépôts) est nul et les profits (intérêts) sont élevés. Maintenant que vous avez compris comment une banque gagne (réellement) de l’argent nous allons voir comment elle se retrouve à ne disposer que 10% de la somme que vous lui aviez confiée.

Lorsque vous déposez de l’argent dans votre banque son bilan simplifié ressemble à ça :

Actif Passif
Cash 100 € Dépôts épargnants 100 €
Total Actif 100 € Total Passif 100 €

Les épargnants lui ont confié 100€ qu’elle garde en cash. Si jamais tous les épargnants veulent retirer leur argent au même moment, ce n’est pas grave, elle peut y faire face.

Après moult études macroéconomiques, le gouvernement se rend compte qu’en réalité pour faire face aux retraits ponctuels des déposants, une banque n’a besoin que de garder 10% du cash qu’on lui a fourni. Elle est donc libre de prêter les 90% restants moyennant un taux d’intérêt.

Actif Passif
Cash 10 € Dépôts épargnants 100 €
Prêt 90 €
Total Actif 100 € Total Passif 100 €

Voici donc ce à quoi ressemble le nouveau bilan de notre banque. Et vous voyez bien que dans ce cas, si nos épargnants souhaitaient tous retirer leur argent au même moment, cela serait tout bonnement impossible ! Et pourtant, nous n’avons pas encore poussé le système à son extrême. Notre ami Jean-François a donc acheté son four grâce au prêt que le banquier lui a consenti. Le fabriquant du four a donc reçu de l’argent en échange. Devinez ce qu’il va faire ? Le déposer dans notre banque pardi.

Actif Passif
Cash 10+90 = 100€ Dépôts épargnants 100 €
Prêt 90 € Dépôts constructeur four 90 €
Total Actif 190 € Total Passif 190 €

Eh hop ! Par un tour de magie, notre banquier vient de créer 90€. Ces 90€ n’ont aucun fondement économiques, ils ont juste été créés “out of thin air” par notre ami banquier. Grâce à mon article sur la déflation, vous connaissez les méfaits d’une augmentation de la masse monétaire. Quand je vous disais que celle-ci favorisait en premier lieu les banquiers vous comprenez mieux pourquoi.

Mais il serait stupide de garder 100€ de cash. Donald, un autre ami de notre banquier, a besoin d’un prêt de 71€ pour construire un mur dans son jardin, il est prêt à payer des intérêts de 6% car il est très riche. Mais pourquoi  se priver, puisque la législation nous le permet, prêtons lui les 71€ et augmentons nos profits.

Actif Passif
Cash 19 € Dépôts épargnants 100 €
Prêt 171 € Dépôts constructeur four 90 €
Total Actif 190 € Total Passif 190 €

Nous pourrions imaginer que le constructeur du mur aille mettre les 71€ de Donald en dépôt et la mécanique recommencerait ad vitam aeternam. Cependant pour des raisons de simplification nous nous arrêterons là.

Vous voyez alors que la situation commence à être légèrement tendue si tous nos épargnants voulaient retirer leurs 190€, vous n’auriez en réalité qu’à leur offrir … 19 pauvres euros. C’est pour cette raison que les autorités financières veulent à tout prix éviter cette situation et qu’elles ne veulent donc pas qu’une banque fasse défaut. De plus si une banque venait à faire défaut, les gens pourraient imaginer que d’autres banques pourraient faire défaut et c’est alors tout le système qui tomberait.

En réalité, les laisser en vie c’est maintenir un système fondé sur la spoliation des épargnants. Une banque crée ainsi selon la formule de Walter Block plus de titres de propriété qu’il n’y a de propriété. Prenons l’exemple d’un garde-meubles à qui vous confiez six chaises. Il lui serait formellement interdit d’accorder des titres de propriétés sur vos 6 chaises à d’autres personnes. Pourtant les banques ont elles parfaitement le droit de le faire sur votre argent !

Sauver les banques “too big to fail” c’est donc approuver le maintien d’un système qui spolie les épargnants qui déposent leur argent auprès d’une banque en qui ils ont confiance. C’est également encourager un système qui pousse à l’endettement par une création monétaire ex nihilo.

Afin d’y mettre un terme, nous devons exiger de rétablir un taux de réserves fractionnaires de 100%, seul à même de respecter la propriété des déposants sur leur épargne. D’autre part afin de limiter les manipulations comptables et monétaires des banques, il est nécessaire d’exiger que les dépôts soient exigibles en une certaine quantité d’or. L’or est un métal précieux qui s’altère très peu au fil du temps et dont la valeur est relativement stable sur longues périodes. Sa production est également limitée, à la différence de la monnaie électronique ou du papier-monnaie dont la quantité peut très facilement être augmentée.

Ne pas laisser une entreprise faire faillite en la sauvant constitue un aléa moral énorme. C’est une façon de l’encourager à poursuivre dans la mauvaise voie qu’elle a empruntée : “tu peux continuer à faire n’importe quoi dans ta gestion, de toutes façons on sera là pour te protéger de tes pertes”. Loin de résoudre le problème, le sauvetage de banques “too big to fail” ne fait que retarder  l’échéance sans pousser les banques à repenser la manière dont elles fonctionnent.

Vous me direz si nous laissons une banque faire faillite, les épargnants verront leur dépôts disparaître ce qui risque d’être terrible. Lorsqu’une société fait faillite, un administrateur judiciaire procède à une vente des actifs afin de rembourser les créanciers. Or une banque possède des actifs qui ont une certaine valeur : des prêts relativement peu risqués, des actions, des immeubles etc. La vente de ces actifs contribuerait à rembourser les déposants. Ceux qui seraient amené à subir les plus fortes pertes seraient les actionnaires et les prêteurs long-terme de la banque comme pour n’importe quelle société. Il est logique qu’en tant qu’actionnaires ils aient à subir les pertes lorsque leur société se porte moins bien.

Je ne dis pas que cette solution serait agréable et sans dommages, loin de là. Néanmoins, elle serait moins douloureuse que l’on ne peut l’imaginer et elle permettrait de repartir sur des bases saines où les épargnants ne courraient plus le risque d’être spoliés.

Une rumeur avait circulé au début du mois concernant la mise en place par le gouvernement allemand d’un euro-or, c’est-à-dire une monnaie qui correspondrait à un certain poids d’or. Cette démarche tout à fait louable permettrait de limiter les manipulations possibles puisque les banques seraient tenues d’afficher à leur bilan une certaine quantité d’or pour leur encours de dépôts. Elles seraient sanctionnées immédiatement si tel n’était pas le cas.

Cette information est le signe que les mentalités changent et que certains acteurs ont bien compris que ce système bancaire reposant sur les réserves fractionnaires était en train d’atteindre les limites de son absurdité.

 

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