“Il nous faut une banque publique de soutien à l’économie”

L’affaire n’a pas fait la une des journaux et pourtant, le contribuable français vient de voir 18M€ partir en fumée. D’où venaient-ils ? D’un investissement raté de bpifrance dans Viadeo, le (bien) pâle concurrent de LinkedIn . Après avoir été épinglée par la Cour des Comptes au début de l’automne pour sa gestion calamiteuse et un trou de financement de 2,4 milliards d’euros dans son budget 2017-2019, notre banque publique d’investissement fait à nouveau l’étalage de ses incroyables capacités de gestionnaire.

Malgré cet échec patent, Arnaud Montebourg n’a pas été refroidi et prevoit ainsi dans son programme de créer une “banque publique d’encouragement au risque” qui garantirait 90% des crédits aux PME. Cette banque ne serait qu’une version aboutie de la BPI actuelle et son résultat ne serait que plus catastrophique. Pourquoi donc ?

Le principe d’une banque d’investissement est de placer de l’argent qui lui a été confié et de le faire fructifier. Plus elle réussit à le faire fructifier, plus elle a de chance que les épargnants et les entreprises lui confient leurs liquidités. A l’inverse plus elle effectue des investissements qui s’avèrent infructueux et plus elle risque que ces derniers lui retirent leurs économies.

La vertu du modèle vient d’un élément et d’un seul : la responsabilité. La banque sait que si elle fait n’importe quoi elle aura des clients à qui elle devra rendre des comptes. S’ils ne sont pas contents ils pourraient la pousser à mettre la clé sous la porte.

Je peux témoigner de mon expérience personnelle dans un fonds d’investissement : nous ne pouvons aucunement nous permettre de “prendre une paume” sur un investissement pour la simple et bonne raison qu’il détruirait la performance du fonds dans lequel des banques et des compagnies d’assurance ont placé leurs liquidités. Or un fonds d’investissement vit des commissions de gestion versées par les investisseurs sur leur engagement global. Si les investisseurs ne croient plus en l’équipe de gestion pour placer leur argent, ils ne leur confient plus d’argent, le fonds ne reçoit plus de commissions de gestion et doit déposer le bilan.

Tout est donc fait pour s’assurer que l’investissement générera suffisamment de performance et que le niveau de risque est adapté : analyses de marché approfondies, modélisation financière détaillée, due diligence social et fiscal etc.

Loin de moi l’idée de penser que les employés de la bpi ne font pas ce genre d’analyses, néanmoins ils peuvent se dire que s’ils prennent une paume de 18M€, le contribuable à qui ils ne rendent aucun compte ne leur retirera pas son argent. L’incentive est donc beaucoup plus faible pour la banque publique que pour n’importe quelle autre banque.

L’autre critique souvent émise par mes détracteurs est le fait que financer les start-ups c’est bien. Investiriez-vous dans une start-up qui tondrait les pelouses des particuliers au coupe-ongle ? Si vous tenez à votre argent, jamais de la vie. Pourquoi ? Parce que très peu de gens paieront pour cette prestation et que dans le même temps vous devrez payer un employé qui prendra beaucoup de temps afin de mener à bien sa mission. In fine, cette société serait destructrice de ressources financières et humaines.

Donc non il n’est pas bon de financer toutes les sociétés car certaines gaspilleront des ressources qui auraient pu être utilisées à meilleur escient. Or le révélateur ultime qui détermine si une société a correctement géré ses ressources c’est le profit. Une société qui ne fait pas de profit est une société qui maîtrise mal ses ressources : humaines, financières, techniques, matières premières etc.

Une société qui ne fait pas de profit et qui donc gaspille des ressources ne mériterait pas de se voir attribuer des ressources financières. Une banque ne doit donc jamais financer une société parce que “financer une société c’est bon pour l’économie”. La seule implication de cette logique serait alors de créer une bulle.

La bulle internet à la fin des années 1990 répondait exactement à cette prémisse : les banques (entre autres) investissaient dans des sociétés sans business-model et qui ne faisaient donc que perdre de l’argent en espérant qu’un jour par miracle elles en gagneraient. L’explosion de la bulle en 2001 n’en fut que plus violente.

Un autre problème lié au financement des sociétés par l’Etat est celui du choix par le contribuable du niveau de risque qu’un individu souhaite allouer à son porte-monnaie. Lorsque vous investissez dans une société ou une assurance-vie vous choisissez une stratégie d’investissement, plus ou moins risquée et plus ou moins rémunératrice. Certains individus sont prêts à prendre des risques élevés en échange d’une forte rémunération possible (et non assurée), d’autres au contraire préfèreront être sûrs de récupérer leurs billes en échange d’une rémunération plus faible.

Lorsque l’Etat investit, il ne vous demande pas quelle rémunération vous espérez ni quel est votre niveau de risque acceptable. Certains individus très averses au risque se retrouvent donc via une bpi à investir dans une start-up au business-model incertain et qui ne correspond en rien à leurs attentes.

De façon plus générale, nous pouvons nous demander quelle est la légitimité de l’Etat d’investir dans une société ? Soit le secteur privé l’aurait fait, dans ce cas, l’Etat ne sert à rien, il empêche même les acteurs privés de trouver des débouchés. Soit le secteur privé ne l’aurait pas fait. Dans ce cas il y a peut-être des raisons : niveau de risque trop élevé, management de mauvaise qualité, marché en décroissance etc. Pourquoi l’Etat ferait alors supporter au contribuable les risques que même le privé n’est pas prêt à prendre ?

En conclusion, une banque publique d’investissement ne devrait pas exister : elle n’a aucune légitimité à investir de façon totalement irresponsable (au sens propre du terme) dans des sociétés. En réalité, la banque publique d’investissement est bien souvent un moyen utilisé par les politiques pour se faire mousser. Lorsque Mia, constructeur de voitures électriques 4 places dans le Poitou, a connu il y a deux ans de graves difficultés, il n’est pas étonnant que la bpi ait figuré parmi les repreneurs potentiels. Ségolène Royal, présidente de la région Poitou avait d’ailleurs été membre du CA de la bpi quelques mois après sa création en 2012.

Nous n’avons pas besoin d’une banque publique, encore moins d’une banque politique, simplement de banques responsables devant leur public.

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