“Le libéralisme défend les grandes entreprises”

Il y a de cela quelques semaines, Pierre Gattaz était invité à Sciences Po pour échanger avec des étudiants sur le thème des questions libérales dans la campagne présidentielle. Lorsque j’ai vu pour la première fois le mail qui faisait la promotion de cette conférence, je me suis dit qu’il n’y avait certainement pas pire publicité possible pour le libéralisme.

Associer libéralisme et MEDEF n’a malheureusement pas beaucoup de sens et entretient dans l’esprit des étudiants la confusion : libéralisme = riches et grands entreprises.

Or loin d’être le défenseur des grandes entreprises et même de l’entreprise en général, le libéralisme permet surtout à de nouveaux acteurs aux business-models originaux et disruptifs de tailler des croupières aux grands groupes.

Les grands groupes sont bien souvent les entreprises qui reçoivent le plus de subventions. A titre d’exemple les TPE-PME représentent 90% des bénéficiaires du CIR en nombre mais 20% en volume de créances (Le Monde). Or une subvention revient à taxer plus Pierre pour reverser cette somme à Paul selon les préférences des hommes politiques du moment. C’est donc une atteinte à la propriété privée, droit naturel de Pierre.

Une subvention n’est donc absolument pas un principe libéral. Pourtant, le MEDEF est le premier organe à réclamer des subventions à l’export, pour la recherche, pour le “Made In France” et que sais-je encore. Nous sommes donc bien loin d’un “libéralisme débridé”.

Deuxième élément, les grands groupes sont également les premiers à exercer du lobbying afin de tordre la réglementation en leur sens. Ainsi, les laboratoires pharmaceutiques font pression auprès des parlementaires pour renforcer les tests avant qu’un médicament soit mis sur le marché, sous couvert de protéger les malades. En réalité, cela ne fait qu’augmenter les coûts de développement de ces médicaments ce qui empêche de nouveaux acteurs d’émerger et érige de fortes barrières à l’entrée.

Le libéralisme défend la libre entreprise et donc selon les principes schumpéteriens, la destruction créatrice. Un entrepreneur arrive avec une idée révolutionnaire afin de mieux répondre aux besoins des consommateurs et oblige les acteurs établis à s’adapter ou à disparaître. En France, l’exemple le plus frappant est peut-être celui de Free.

L’ARCEP a longtemps attendu avant d’accorder le droit à Free de développer son réseau. Auparavant, les opérateurs télécoms historiques, SFR, Orange et Bouyges Telecom jouissaient d’une situation confortable, s’entendaient sur les prix et n’avaient a priori aucune raison de se préoccuper de leur sort. Lorsque Free arrive et affiche des tarifs hautement compétitifs, ces derniers sont obligés de s’adapter : forfaits moins chers au risque de perdre leur clientèle et optimisation des coûts.

Si le libéralisme défendait les grands groupes, il n’aurait jamais permis à Free d’entrer sur le marché car cela aurait remis en cause la rente dont bénéficiaient les trois acteurs historiques. A l’inverse, nous nous rendons compte que c’est bien l’Etat qui pendant des années a défendu ces grands groupes, via l’ARCEP, en empêchant à un nouvel acteur de s’implanter.

Cependant, le libéralisme ne se limite pas à refuser de défendre les grands groupes, il ne défend tout simplement pas “l’entreprise” en général.

Dans son livre, “Libéralisme”, Pascal Salin présente une entreprise comme un noeud de contrats. Des contrats liant les actionnaires entre eux définit la gouvernance, les contrats fournisseurs définissent les approvisionnements en matières premières ainsi que la sous-traitance, les contrats de travail, les relations entre salariés et employeur etc.

A la fin, nous nous rendons compte que ces contrats ne définissent que des relations entre êtres humains, l’entreprise n’existe que parce qu’elle est le lieu où s’agrègent ces relations. Une entreprise n’a donc pas de vocation propre. C’est pour cela par exemple que parler de “Responsabilité Sociale d’une Entreprise” est un non-sens.

Le libéralisme défend les droits naturels des individus, il ne saurait dès lors pas défendre une entreprise car cela reviendrait à lui donner plus d’importance que les individus grâce auxquels elle existe.

Ainsi lorsqu’un employeur ne respecte pas une disposition d’un contrat de travail, il est en tort et doit dédommager son salarié en conséquence. Là où un socialiste vous dirait “les libéraux sont du côté des patrons”, en réalité, le libéralisme est du côté des individus. Et dans ce cas-ci, il serait du côté du salarié.

En revanche, si le salarié a signé un contrat de travail librement, il connait donc les détails de ses tâches, de ses obligations et de ses droits. Ainsi le libéralisme ne saurait défendre un salarié qui sans qu’aucune disposition de son contrat de travail n’ait été brisée, trouve qu’il travaille trop et dans des conditions déplorables. Il était libre de signer ou de ne pas signer ce contrat, il en assume les conséquences.

In fine, la confusion entre libéralisme et grandes entreprises est encore malheureusement trop répandue. Il convient alors de se rappeler que le libéralisme ne défend pas les grandes entreprises ni les entreprises, seulement la libre entreprise.

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