“Le Glass-Steagall Act est nécessaire pour prévenir une nouvelle crise”

S’il y avait eu plus de réglementation, la crise de 2008 ne serait jamais survenue. L’explication est simple, elle a l’avantage de convenir à tout le monde et de justifier l’immersion toujours plus profonde de l’Etat dans notre société. Une dé-réglementation semble en particulier concentrer les foudres : la fin du Glass Steagall Act.

De son véritable nom, Banking Act, le GSA instaure la séparation entre les activités d’investissement et de dépôt des banques. Une banque de dépôt correspond traditionnellement au modèle d’une caisse d’épargne : son but est de collecter de l’épargne et de le prêter pour des projets présentant a priori un risque mesuré. Les banques d’investissement regroupent des associés qui sont solidaires des gains et des pertes des investissements réalisés grâce au capital qu’ils ont apporté.

Il semblerait que le modèle de la banque de dépôt présente un risque de faillite plus faible car elle investit dans des prêts aux entreprises et aux particuliers qui génèrerait de la croissance. A l’inverse la banque d’investissement afficherait un niveau de risque plus fort car elle investirait sur les marchés. La réalité est comme d’habitude bien plus complexe, voyons pourquoi.

Tout d’abord regardons dans le rétro. Quelles banques ont causé des risques systémiques par le passé ? Lehman Brothers en 2008, une banque d’affaires. LTCM en 1998, un hedge fund. En 1984, Continental Illinois, une caisse d’épargne. Sans parler de la crise des Savings and Loan en 1987 qui coûta 132 milliards de dollars au contribuable américain. Nous pourrons aussi parler des difficultés rencontrées par la Caisse d’Epargne et la Banque Populaire qui les obligea à fusionner en 2009 ou encore de la situation désastreuse des caisses d’épargnes espagnoles en 2012.

Il ressort donc que les banques universelles ne sont pas les seules dont la faillite pourrait donner des sueurs froides aux épargnants et aux banquiers centraux de cette planète. Séparer les deux activités ne réglerait en rien les problèmes. Le risque d’une banque too big to fail ne tient pas tant à sa taille en soit qu’à la taille de son interconnexion avec les autres banques. Le risque réside dans la contagion d’une panique bancaire à toutes les banques de la planète.

Une banque universelle peut compenser des pertes de son activité trading sur une journée grâce aux gains de ses crédits aux entreprises et inversement. Dans ce cas, elle n’a pas besoin d’avoir recours au marché interbancaire pour faire face à son problème de liquidité. Elle ne génère donc pas de mouvement de panique.

A l’inverse, plusieurs caisses de dépôt qui ont investi toute leur collecte d’épargne dans des projets immobiliers catastrophiques (suivez mon doigt qui pointe vers la péninsule ibérique) et qui ont besoin de se financer sur le marché interbancaire pourront, elles, créer un mouvement de panique.

En réalité, le problème des banques à l’heure actuelle réside bien plus dans l’absence de responsabilité, dans le système de réserves fractionnaires et dans la surcharge de réglementation que dans la séparation de leurs activités.

L’absence de responsabilité engendre des situations où les banques too big to fail prennent des risques inconsidérés car elle savent que l’Etat les sauvera afin de “protéger les épargnants et le système bancaire”. Puisque la notion de risque a disparu, la probabilité qu’une banque fasse faillite est bien plus élevée.

Le système de réserves fractionnaires est certainement la partie la plus vicieuse du système bancaire actuel. J’en ai déjà parlé dans un article précédent mais concrètement ce système permet à une banque de créer 90€ de monnaie ex nihilo grâce à un dépôt de 10€. Les gens imaginent qu’ils peuvent retirer à tout moment tout l’argent qu’ils ont confié à une banque alors que c’est faux. Il ne peuvent retirer que 10% de cette somme. C’est pour cette raison qu’un mouvement de panique bancaire peut engendrer la faillite d’une banque. Si les banques gardaient 100€ de cash pour 100€ de dépôts, cela voudrait dire qu’elles arrêteraient de créer de la monnaie indue, le principe du too big to fail n’aurait alors pas l’importance qu’il a aujourd’hui : la banque ferait faillite, les épargnants seraient remboursés de leurs dépôts et les actionnaires prendraient leur paume. Comme dans n’importe quelle entreprise.

Néanmoins à l’heure d’aujourd’hui, nous faisons croire aux Français que leur argent est disponible à tout moment alors que ce n’est pas le cas. Alors qu’ils disposent de comptes à vue, càd qu’ils peuvent retirer leur argent à tout moment, les banques leur proposent une rémunération. Or pour proposer une rémunération sur des dépôts, il faut que ceux-ci soient investis. Ces investissements peuvent s’effectuer sur des durées plus ou moins longues avec des niveaux de risques plus ou moins importants.

Cependant, l’épargnant qui confie son argent à une banque n’en sait rien. Il ne sait pas si son argent servira à financer du trading Oil&Gas à Singapour ou l’achat d’un nouvel équipement pour une PME française. Dans un système bancaire vertueux, les épargnants pourraient choisir comment affecter leur épargne : un compte bancaire à vue, toujours disponible mais qui ne rapporte rien ou alors un compte qui investit dans des prêts à la consommation, bloqué mais pour des durées relativement courtes etc.

In fine nous tombons donc également sur le problème de l’offre de banques à l’heure actuelle. Le marché bancaire est avec le marché pharmaceutique un des plus régulés et un de ceux présentant les plus fortes barrières à l’entrée au monde. Monter une banque de rien aujourd’hui est quasiment impossible. Il résulte dès lors une offre limitée qui ne pousse pas à l’innovation pour proposer des produits qui correspondraient aux attentes des épargnants en termes de liquidité, de risque et de rendement. Ces banques pourraient être universelles, de dépôt, d’investissement en fonction des choix des individus.

Loin d’être une solution miracle, le Glass-Steagall Act ne préviendrait en rien les risques de panique bancaire et financière. En revanche, la fin de l’intervention étatique pour sauver les banques, l’arrêt du système de réserves fractionnaires et l’abaissement des barrières à l’entrée permettraient certainement de créer un environnement plus sain.

 

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