“Les subventions sont nécessaires au maintien de l’agriculture”

Le 30 juillet prochain nous fêterons les 55 ans de la Politique Agricole Commune. A l’origine, la PAC fut pensée comme un moyen d’assurer l’autosuffisance alimentaire de l’Union Européenne. Pour cela les gouvernements européens se sont entendus sur un système de subventions et de contrôle des prix qui concentre aujourd’hui près de 50% du budget de l’Union Européenne.

La PAC a tellement bien fonctionné qu’aujourd’hui l’UE se retrouve dans des situations absurdes où les agriculteurs jettent leurs récoltes délibérément tellement leur prix de revient est élevé comparé au prix de vente de leurs produits.

Au début des années 1980, la Nouvelle-Zélande se trouvait à peu de choses près dans la même situation que l’UE d’aujourd’hui. 40% des revenus des agriculteurs néo-zélandais provenait de subventions distribuées par le gouvernement. De manière générale, l’Etat néo-zélandais appliquait une politique purement socialiste qui visait à contrôler la production et la consommation de ses habitants. Les niveaux atteints à l’époque auraient fait passer la France d’aujourd’hui pour un paradis libéral.

Cependant en 1984, le National Party remporte les élections législatives face au parti travailliste. La nouvelle majorité porte un programme de réformes radicales visant de nombreux secteurs de l’économie néo-zélandaise mais plus particulièrement l’agriculture. Roger Douglas, alors nommé ministre de l’économie, va s’atteler dès ses premiers mois en poste à mettre en place des réformes libérales.

La première d’entre elle est celle portant sur l’agriculture. Il réduit fortement les subventions dont bénéficiaient les agriculteurs et dans le même temps fait tomber les restrictions à l’exportation ainsi que les tarifs douaniers à l’importation.

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Gouin, Jean, Fairweather. “New Zealand Agricultural Policy Reform And Its Impacts On The Farm Sector” (1994)

Le choc est rude et les journalistes du pays prédisent une saignée dans le secteur agricole et une désertion des terres agricoles. Sauf qu’une fois encore, nos journalistes biberonnés au marxisme se sont trompés.

La fin des subventions oblige les agriculteurs à trouver de réels débouchés pour leur production ce qui est permis par la fin des restrictions sur les exportations. D’autre part, avec la baisse des tarifs douaniers, ces derniers peuvent investir à moindre coût dans un nouveau matériel d’exploitation qui améliore leur prix de revient.

Les subventions poussaient également les agriculteurs à produire toujours plus et cela au détriment de la qualité des sols. Avec la fin des subventions, ils ne produisent plus que ce qui correspond à une demande réelle. Ils n’ont donc plus intérêt à produire à tout prix.

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Ibid.

Nous remarquons même que le nombre d’exploitations a crû jusqu’en 1988 soit quatre ans après le début des réformes sans pour autant s’effondrer par la suite.

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Ibid.

Il apparaît même que ce sont les plus grosses exploitations et non les plus petites qui ont vu leur nombre baisser entre 1986 et 1990.

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Ibid.

Depuis 1987, la valeur économique du secteur agricole a crû de 40% en dollars constants et la part de l’agriculture dans le PIB est passé de 14,2% en 1990 à 16% aujourd’hui. Le tout avec seulement 2% de la valeur de la production en subventions vs. 40% en moyenne pour le reste de l’OCDE (“Life after the Subsidies : The New Zealand Farming Experience, 15 Years Later”).

Il ne faut pas nier cependant que les agriculteurs ont du s’adapter à ce nouveau paradigme : la valeur des terres arables maintenues artificiellement haute du fait des subventions a fortement baissée à la fin des années 1980. Néanmoins, la résilience de l’agriculture néo-zélandaise, l’amélioration de la productivité (+5.9% par an en moyenne depuis 1986) a permis aujourd’hui de rétablir les prix historiques de celle-ci.

Le gouvernement a aidé les exploitations agricoles à amorcer cette transition en leur accordant une aide équivalente à 2/3 de la production d’une année en cas d’arrêt définitif de l’exploitation. Pour autant seul 1% des exploitations se retrouvèrent en faillite ou forcées de vendre ce qui demeure tout à fait limité.

Les réformes menées par la Nouvelle Zélande sont remarquables à de nombreux points de vue et pourraient servir de modèle à l’UE. Aujourd’hui la PAC protège surtout les grandes exploitations qui concentrent une majeure partie des aides. Ces aides étant liées à la production totale.

Les petites exploitations ne peuvent donc faire face à de plus grandes qui peuvent pratiquer des prix beaucoup plus faibles du fait de leurs effets d’échelle et des subventions perçues. La PAC ne favorise donc pas l’agriculture paysanne telle que les journaux aiment tant la décrire.

D’autre part, la PAC protège les producteurs de la concurrence des pays hors UE avec des tarifs douaniers. Cela a donc un coût pour le consommateur final qui voit le prix de ses produits alimentaires augmenter. D’autre part, le manque de concurrence ne pousse pas les exploitations à s’adapter à la demande et maintient même des exploitations inefficaces.

Les subventions liées à la production pousse également les agriculteurs à produire toujours plus et à utiliser donc plus d’engrais avec les conséquences désastreuses pour l’environnement que nous avons pu voir en Bretagne par exemple.

Il est grandement temps de revoir le modèle de la PAC qui s’avère incapable de préserver les petites exploitations, augmente les coûts pour le consommateur et crée des incentives néfastes pour l’environnement. La Nouvelle-Zélande a montré la voie, aux Européens de suivre le chemin.

Pour aller plus loin :

Free To Choose Network, “Trailblazers, The New Zealand Story”. Youtube.

Federated Farmers of New Zealand, “Life after the Subsidies : The New Zealand Farming Experience, 15 Years Later”

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