“Le libéralisme est contre les pauvres”

Dans la panoplie des clichés à l’encontre du libéralisme, vous pourrez trouver de façon quasi certaine le fait que le libéralisme détruit la vie des plus pauvres et qu’il n’est qu’un instrument qu’utilisent les plus riches pour maintenir leur position. Or ce que je viens de décrire correspond en réalité à la définition même du socialisme. Voyons pourquoi.

Premièrement, regardons les chiffres de la pauvreté au niveau mondial depuis 1820 :sans-titreSource : Our World in Data

Depuis 1970, la pauvreté n’a eu de cesse de reculer dans le monde. Pourquoi donc ? Les deux pays les plus peuplés de l’époque, la Chine et l’Inde, étaient composés en immense majorité de populations pauvres. Ces deux pays étaient également des pays qui avaient fait le choix de mettre en application des programmes socialistes ou communistes. Or à la fin des années 1970, la Chine fait le choix de s’ouvrir au monde et d’introduire peu à peu quelques éléments d’économie de marché. En 1991, le premier ministre indien  Rao engage aussi de nombreuses réformes pour réduire le poids de l’Etat et de la bureaucratie dans l’économie indienne. Résultat : en 1991 le taux de pauvreté de l’Inde était de 46%, en 2011 celui-ci avait chuté à 21% !

Ainsi les politiques laissant une part plus importante aux mécanismes de marché ont permis de réduire drastiquement la pauvreté au niveau mondial. Pourquoi cela ? Prenons le cas d’une économie où un agent décide de ce que les gens ont le droit de produire, vendre et consommer.

Il se peut que vos capacités ne vous permettent que de produire des gratins de pommes de terre. Coup de bol, nombre des habitants de votre village aiment aussi votre gratin de pommes de terre. Un restaurateur vous engage pour produire ces délicieux gratins de pommes de terre dont vous avez le secret. Vous êtes satisfaits, vous percevez un salaire en échange de la réalisation de ces gratins.

C’est alors que notre agent régulateur intervient : le salaire est trop faible, c’est indécent. Le restaurateur doit vous payer plus ! Il oblige donc le restaurateur à vous payer plus. Malheureusement, le restaurateur estime qu’en vous payant autant il ne s’y retrouve plus car un nombre insuffisant de clients prendraient du gratin de pommes de terre et il ne couvrirait donc plus ses coûts. Résultat : vous ne percevez plus votre salaire.

C’est alors que vous vous dites, tant pis je vais lancer mon activité tout seul, sans être l’employé de quelqu’un. La règle du salaire minimum ne s’appliquera plus. Néanmoins notre agent régulateur souhaite s’assurer que le gratin que vous produisez sera de qualité : il vous oblige à avoir un certain type de cuisine, à respecter des procédures strictes de lavage et éplucheage de vos patates etc. Vous devez donc réaliser des investissements importants en matériel. Et d’autre part, le suivi de ces procédures rallonge considérablement votre temps de préparation et vous oblige à modifier votre recette initiale.

Bilan : votre gratin coûte plus cher à produire et les habitants du village n’aiment plus vraiment votre nouvelle recette dictée par l’agent régulateur. L’Etat vous empêche donc de proposer vos services et donc d’assurer votre survie.

Dans son livre, “Le Marché”, Laurence Fontaine décrit le marché comme un élément d’émancipation indispensable des populations pauvres. Elle prend l’exemple du marché de Pézenas qui au XVIIIème siècle était relativement peu réglementé et permettait à de nombreuses familles de vendre leur petite production et de compléter leurs revenus.

A l’inverse dans le Paris des années 1790, de nombreux arrêts sont venus réglementer la salubrité de ces lieux ce qui a pour effet direct d’interdire l’accès à de nombreux marchands pauvres qui ne pouvaient se soumettre à ces règles.

En 1798, le législateur introduit la patente, un droit pour accéder au marché. Laurence Fontaine décrit alors le sort de Marie-Denis et Antoinette Toutain, condamnées pour avoir vendu leurs menues confections de vêtement sans avoir payé la patente. L’imposition de cette règle de la patente a pour effet direct d’interdire la vente de leur production à ces deux soeurs qui se retrouvent alors sans ressources et dans l’obligation de payer une amende.

La description de l’auteure tout au long du livre fait apparaître le marché comme un réel instrument de libération des classes les plus pauvres. Au début du Moyen-Âge, les paysans et artisans étaient démunis de marché et devaient donc vendre leur production au seigneur qui lui même assurait la redistribution de la production auprès de son peuple. Néanmoins peu à peu, les seigneurs se rendent compte qu’ils peuvent bénéficier de l’instauration d’un marché sur leurs terres : ils ont eux-mêmes accès à des produits qui ne sont pas produits sur leurs terres et peuvent collecter des taxes.

Cependant en ouvrant un marché, ils diminuent leur pouvoir vis-à-vis de leur peuple dont la survie ne dépend plus uniquement d’eux. Les paysans et artisans peuvent dorénavant vendre à une multitude de personnes qui viennent pour le marché et peuvent directement acheter ce dont ils ont besoin auprès d’eux.

Le marché leur permet donc de s’émanciper du pouvoir autoritaire du seigneur et d’acheter ce dont ils ont véritablement besoin sans l’assentiment du seigneur.

Si vous lisez entre les lignes, vous comprendrez assez vite que le seigneur du Moyen-Âge n’est personne d’autre que notre Etat moderne. Dans un pays où 57% de la production est d’origine publique, une immense partie de ce que nous produisons est directement acheté et redistribué par l’Etat. En érigeant des réglementations dans tous les sens, l’Etat empêche les plus pauvres de vendre leurs services ou leurs produits.

En échange, il préfère leur donner des subventions et donc les rendre dépendants de son bon vouloir. L’émancipation permise par le marché est aujourd’hui annihilée par un Etat qui tient ses citoyens les plus pauvres en laisse et les nourrit de croquettes au goût douteux.

Loin d’être un instrument qui écrase les plus pauvres, le marché est un formidable instrument qui les aide à sortir de la pauvreté et à s’émanciper d’un pouvoir autoritaire. Le graphique présenté au début de cet article n’en est que la plus incapable preuve.

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