“Les financiers sont des rapaces sans utilité sociale”

De nos jours et tout particulièrement depuis la crise de 2008, “la finance” – terme qui ne veut pas dire grand chose tellement celui-ci est large – a mauvaise presse. Les financiers ne seraient que des vautours qui “font de l’argent avec de l’argent” – comme si un agriculteur ne faisait pas des céréales avec des céréales mais passons.

Pourtant les financiers réalisent un métier avec une véritable utilité sociale, celle d’allouer le plus intelligemment possible une ressource rare : le capital.

Pour correctement mesurer l’impact des financiers que nous entendrons comme les personnes réalisant une activité de collecte d’épargne et d’investissement, attardons nous sur la définition même du capital.

Michel Leter en fait une analyse brillante dans “Le Capital” dont je ne peux que vous conseiller la lecture. Il rappelle que le capital c’est tout ce qui nous constitue en tant qu’Homme. Pourquoi donc ? Parce qu’avant de produire, l’Homme doit avoir accumulé quelque chose auparavant. L’ensemble de ce qu’il a accumulé au cours de sa vie est ce qui le définit.

Ainsi, nul ne peut récolter les blés s’il n’a pas semé. Vous me direz : si, dans le cas où ces blés ont poussé naturellement. Je vous répondrai : dans ce cas il faut qu’il ait la connaissance de l’utilité de ce céréale dans le cadre de son alimentation. Si vous poussez le raisonnement jusqu’à l’extrême, vous vous rendrez compte que pour produire il faut avoir accumulé quelque chose auparavant : une éducation, des ressources naturelles, des techniques, des ressources financières etc.

Plus vous accumulez et plus vous aurez de ressources à disposition pour pouvoir produire intelligemment. L’épargne est une forme d’accumulation de ressources, elle est donc au service de la production. Plus l’épargne est forte et plus les chances de produire des biens et services utiles aux hommes sont élevées. Toute politique qui vise à détruire l’épargne constitue dès lors une politique qui limite le potentiel de croissance à court, moyen et long-terme car il empêche la constitution d’un capital financier.

L’inflation, le système de réserves fractionnaires, les taux d’impôt confiscatoires sont autant de politiques qui ne permettent pas aux Hommes d’épargner et donc qui limitent la croissance.

L’épargne est alors une condition nécessaire afin d’améliorer notre production, mais malheureusement non-suffisante. Nous avons vu plus haut qu’elle augmentait les chances de mieux produire car nous disposions de plus de ressources. Néanmoins il faut que cette ressource essentielle soit correctement allouée, c’est là qu’interviennent nos financiers.

Nous avons vu plus haut qu’un financier collectait et allouait de l’épargne. Lorsqu’il collecte de l’épargne, il doit absolument faire fructifier ce qui lui a été confié. L’épargne constitue une privation de consommation présente, c’est un sacrifice. Ce sacrifice doit être compensé par le fait que la privation actuelle donnera lieu à une satisfaction plus grande dans quelques années.

In fine, il faut donc que le financier propose un retour sur investissement attractif. Cela suppose donc d’allouer l’épargne qui lui a été confiée dans des projets utiles. Nous avions vu précédemment à quel point le profit constitue un très bon outil de mesure de l’utilité d’un bien ou d’un service. Plus vous en vendez et plus c’est un signe qu’il plaît. Pour autant il ne faut pas gaspiller des ressources pour le produire, sinon cela serait stupide. Le profit intègre donc ces deux paramètres afin de mesurer l’utilité d’un produit ou d’un service.

Un financier doit trouver les biens et services qui généreront du profit dans le futur. Le profit étant comme nous l’avons vu plus haut une proxy de l’utilité, les financiers agissent donc en vue de permettre aux projets les plus utiles d’être menés à bien.

S’il n’est pas en mesure d’identifier correctement ces biens et services utiles, il ne génèrera pas de profit, donc pas de rendement pour les personnes qui lui ont confié leur épargne. Que feront ces personnes ? Elles lui retireront la gestion d’une de leurs ressources les plus précieuses et il devra mettre la clé sous la porte.

Les mauvais financiers, càd ceux qui allouent mal les ressources sont donc naturellement écartés grâce au principe éminemment vertueux du marché.

En conclusion, prétendre que les financiers n’ont aucune utilité et sont des parasites constitue une erreur majeure. Leur rôle consiste à affecter une ressource rare et nécessaire à la croissance, l’épargne, à des projets générant du profit, donc utiles. La sélection des projets doit être rigoureuse et minutieuse afin de ne pas gaspiller cette épargne.

Les citoyens devraient bien plus s’indigner contre les banques publique et les bail-outs qui permettent à de mauvais financiers de continuer leur activité en échappant à la sélection naturelle du marché. Car notre épargne est un élément constitutif de notre capital et comme le rappelait Yves Guyot, “le capital c’est l’Homme”.

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