Reprendre le contrôle de ses données

La dernière étude et proposition du Thinktank “Génération Libre” a fait pas mal de bruit et s’affichait notamment en une du magazine “Le Point”. Elle avait pour titre “Mes data sont à moi”. En synthétisant les propos, GL affirme que nous partageons nos données personnelles, parfois les plus intimes, avec des géants du numérique et cela sans notre véritable accord.

Il conviendrait donc de pouvoir vendre et partager ce que nous souhaitons réellement partager avec ces acteurs et ainsi (i) reprendre le contrôle de notre vie privée et (ii) gagner un petit pécule.

Bien que je partage globalement le combat de Gaspard Koenig en faveur de la liberté, je me trouve régulièrement en désaccord avec lui sur certaines de ses propositions. La précédente en date était le revenu universel, je ne m’y attarderai pas ici et me concentrerai sur les éléments qui me dérangent dans sa proposition sur le contrôle des données personnelles.

Tout d’abord, il faut être pleinement conscient de ce qui se passe lorsque vous utilisez les services de Google par exemple. Comme le rappelait Milton Friedman, “there ain’t no such thing as a free lunch”. Donc si vous pensiez qu’utiliser Gmail était gratuit vous vous trompez. Bien que vous n’ayez pas de contrepartie financière dans le cadre de l’opération, vous donnez bien quelque chose en échange du service rendu par Google et cette contrepartie ce sont vos données. Cela est renseigné dans les conditions d’utilisation de la plate-forme.

Premier élément mis en avant par GL, nous n’avons pas d’autre choix pour utiliser les services de Google par exemple que de vendre nos données. C’est faux. Vous pouvez souscrire à un abonnement annuel GSuite pour le prix de 40€ par an et dans ce cas, les conditions d’utilisation précisent très clairement que Google ne peut pas utiliser les données que vous stockez.

Vous me direz que ce n’est pas le cas par exemple de Facebook, peut-être, mais il convient tout de même de mettre en avant les solutions qui existent.

Deuxièmement, rien ne vous oblige à utiliser les services de Google, Faceook ou Amazon. Vous pouvez très bien ne pas avoir de compte Facebook, utiliser le service mail de votre fournisseur d’accès à internet et commander vos livres sur le site de la Fnac.

Cependant, force est de reconnaître que de nombreuses personnes préfèrent utiliser les services des GAFA. Les raisons sont multiples : sites plus ergonomiques, plus de choix, services de meilleure qualité … Si vous voulez vraiment accéder à ces services il faut proposer en échange quelque chose qui satisfasse celui qui les produit.

Vous aimez beaucoup les chocolats de la chocolaterie Michu. Monsieur Michu n’a que faire de vos euros dans lesquels il ne croit pas, il veut des bitcoins. Vous pouvez continuer à lui tendre des pièces en euros, il ne vous donnera pas les chocolats que vous aimez tant. Il en va de même pour les GAFA, elles n’ont que faire de votre argent, elles veulent pouvoir collecter et analyser vos données.

Encore une fois rien ne vous oblige à utiliser leurs services mais si vous le voulez vraiment, il faudra payer en leur donnant accès à vos données. Certaines personnes diront qu’il est totalement inique de demander à quelqu’un de donner ses données en échange d’un service car les données d’une personne sont une part d’elle-même.

J’ai toujours du mal à entendre les arguments de certains libéraux qui s’imaginent que l’on peut mettre des droits de propriété sur tout et n’importe quoi (des idées par exemple dans le cadre de brevets). Imaginons qu’une personne me voit consulter une page Marmiton sur mon téléphone dans la queue de Monoprix. Elle me voit ensuite partir en courant vers le rayon fruits et légumes. Elle se doute alors que j’ai certainement oublié un ingrédient pour ma recette. Est-ce que cette personne vient de me voler mes données ? Non absolument pas.

Il en va de même pour Google d’autant plus que j’ai donné mon accord pour qu’il suive mes faits et gestes.

Enfin, j’ai également été très perturbé par les nombreuses références au “meilleur partage de la richesse” faites dans le rapport de GL. Les gains de Google ou Facebook sont légitimes : ils ont trouvé un business-model qui répond aux besoins d’annonceurs soucieux de mieux cibler leur clientèle et d’utilisateurs qui veulent accéder à une plate-forme pratique d’échange de messages et de contenus.

Les utilisateurs ne sont donc pas motivés à demander leur “juste part” du travail réalisé par quelqu’un d’autre, en l’occurrence Google ou Facebook.

La famille libérale est une famille plurielle et il est normal et sain que le débat existe et il m’était apparu important de pouvoir présenter une autre vision sur ce thème des données personnelles.

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2 Comments

  1. “certains libéraux qui s’imaginent que l’on peut mettre des droits de propriété sur tout et n’importe quoi (des idées par exemple dans le cadre de brevets).”
    Contrairement à ce que de nombreuses personnes penses, les idées ne sont généralement pas brevetables.

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